Sciences Economiques et Sociales (SES) / Sociologie et science politique -L'ascenseur social en panne ? 5 concepts de sociologie pour comprendre votre trajectoire
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de sciences économiques et sociales by Super Professeur (BAC 2021,SES, BTS, BUT
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Nous avons tous entendu parler de « l’ascenseur social
» ou de la méritocratie, cette idée rassurante selon laquelle le travail et le
talent suffisent pour gravir les échelons de la société. Mais la réalité
est-elle si simple ? Et si cet ascenseur était non seulement en panne pour
certains, mais qu'il n'avait jamais été conçu pour transporter tout le monde de
la même manière ? Les analyses des sociologues révèlent un paysage bien plus
complexe, où nos trajectoires sont façonnées par des forces souvent invisibles.
Pour déconstruire ce mythe et vous donner les clés de lecture, voici cinq
concepts fondamentaux qui fonctionnent comme des outils pour analyser la
machine sociale.
1. Bouger ne signifie pas toujours monter : La
différence cruciale entre les types de mobilité.
En sociologie, le mot « mobilité » est un terme
général qui doit être précisé. Il est essentiel de distinguer plusieurs formes
de mouvement qui n'ont pas la même signification. La mobilité sociale
intergénérationnelle, qui est au cœur du débat sur l'ascenseur social,
désigne le fait d'occuper une position sociale différente de celle de ses
parents. C'est elle qui nous dit si les enfants vivent mieux, moins bien ou
différemment de la génération précédente.
Il ne faut pas la confondre avec la mobilité
géographique, qui est un simple changement de lieu de résidence, ni avec la mobilité
professionnelle, qui décrit un changement de poste ou de catégorie
socioprofessionnelle au cours de sa propre carrière.
Cette distinction est fondamentale. Elle permet
d'éviter une confusion courante : un déménagement pour trouver un emploi ou un
changement de poste n'implique pas automatiquement une progression dans la
hiérarchie sociale. Comprendre ces différences est le premier pas pour analyser
objectivement la dynamique sociale, au-delà des parcours individuels.
2. Plus de mouvement ne veut pas dire plus d'égalité :
Le piège de la "mobilité structurelle".
Les sociologues mesurent la mobilité observée,
c'est-à-dire le nombre total de personnes qui ont changé de catégorie sociale
par rapport à leurs parents. Mais ce chiffre brut cache une distinction
capitale : celle entre la mobilité structurelle et la fluidité sociale.
La mobilité structurelle désigne les
changements de position qui sont rendus mécaniquement nécessaires par les
transformations de l'économie. L'exemple classique en France est celui des
"Trente Glorieuses" : la chute drastique du nombre d'agriculteurs et
l'essor des postes d'ouvriers, d'employés et de cadres ont mathématiquement
"forcé" de nombreux enfants d'agriculteurs à occuper d'autres
positions, souvent plus élevées. Ce mouvement était inévitable, dicté par la
structure de l'emploi.
À l'inverse, la fluidité sociale mesure
la véritable égalité des chances. Dans une société parfaitement fluide, votre
origine sociale n'aurait aucune influence sur votre position future. C'est
l'indicateur réel de la justice sociale.
L'idée la plus contre-intuitive et la plus importante
à retenir est donc la suivante :
une société plus mobile n’est pas nécessairement une
société plus fluide.
Une forte mobilité peut simplement refléter des
changements économiques majeurs, comme ceux que nous venons de décrire, sans
pour autant signifier que les barrières entre les classes sociales se sont
affaiblies. Ces grandes transformations peuvent aussi générer de nouvelles
angoisses, notamment la peur de tomber.
3. Tomber de l'échelle : Le "déclassement"
n'est pas ce que vous croyez.
Le terme « déclassement » est omniprésent dans le
débat public, souvent chargé d'angoisse. Cependant, la sociologie nous invite à
la précision en lui donnant au moins trois significations distinctes, qui ne
recouvrent pas les mêmes réalités :
• Le déclassement intragénérationnel :
Il s'agit d'une carrière descendante. Par exemple, un cadre qui perd son emploi
et finit agent de sécurité.
• Le déclassement intergénérationnel :
C'est le fait d'occuper une position sociale inférieure à celle de ses parents.
Par exemple, un enfant d'enseignant qui devient ouvrier.
• Le déclassement scolaire : Il
décrit la situation où une personne occupe un emploi pour lequel elle est
surdiplômée. Par exemple, un titulaire d'un master en histoire qui travaille
comme vendeur.
Distinguer ces trois formes est crucial pour
comprendre les anxiétés contemporaines. La peur de ne pas « faire aussi bien »
que ses parents, la crainte d'une carrière qui régresse et le sentiment que ses
diplômes ne sont pas reconnus à leur juste valeur sont des réalités différentes
qui appellent des analyses spécifiques.
4. Deux questions pour une même réalité : Le
"destin" des uns et le "recrutement" des autres.
Pour mesurer objectivement ces phénomènes, les
sociologues utilisent des outils statistiques appelés les tables de
mobilité. Imaginez un grand tableau qui croise la position sociale des
individus avec celle de leurs parents. Selon la manière dont vous le lisez, il
ne raconte pas la même histoire.
Il existe deux manières principales de lire ces tables
:
• La table de destinée part d'un
groupe d'origine (par exemple, les enfants d'ouvriers) et regarde vers quelles
positions ils se sont dirigés. Elle vous renseigne sur la question : « Que
deviennent les fils (ou filles) de... ? ». Elle montre les probabilités de
s'élever, de stagner ou de descendre.
• La table de recrutement fait
l'inverse : elle prend un groupe d'arrivée (par exemple, les cadres) et regarde
de quelles origines sociales ses membres proviennent. Elle répond à la question
: « D’où viennent les fils (ou filles) de... ? ». Elle révèle le degré
d'ouverture ou de fermeture d'un groupe social.
Ces deux perspectives sont complémentaires. La
première vous informe sur les chances de mobilité pour ceux qui partent d'une
certaine position. La seconde vous révèle à quel point l'élite se renouvelle en
intégrant des personnes d'origines diverses.
5. Le véritable héritage : Il n'y a pas que l'argent
et l'école qui comptent.
Si le niveau de formation est un facteur clé, il est
loin d'expliquer à lui seul la mobilité sociale. La sociologie montre que les ressources
familiales et les configurations familiales jouent un
rôle tout aussi déterminant.
Les ressources familiales ne se limitent pas à
l'aspect économique (revenus, patrimoine). Elles englobent des
"capitaux" invisibles transmis au sein de la famille :
• Le capital social : Il ne
s'agit pas seulement de "connaître du monde", mais d'avoir accès à
des réseaux de relations utiles qui peuvent fournir des informations, des
recommandations ou des opportunités inaccessibles aux autres.
• Le capital culturel : C'est un
ensemble de connaissances, de manières de parler et de se comporter
("savoir-être") qui sont socialement valorisées. Cette familiarité
avec les codes de la culture dominante procure une aisance dans les situations
clés (entretiens, réunions) et est souvent confondue, à tort, avec le mérite ou
l'intelligence pure.
Au-delà de ce que la famille possède, il y
a aussi ce qu'elle est. Les configurations familiales désignent
la structure même de la famille (la place des parents, la présence et le rang
des frères et sœurs, etc.). Grandir en tant qu'enfant unique avec des parents
très impliqués n'offre pas le même environnement qu'être l'aîné d'une famille
nombreuse. Ces caractéristiques structurelles influencent elles aussi les trajectoires.
L'héritage familial est donc bien plus qu'une question
d'argent ; c'est un ensemble de ressources matérielles et immatérielles qui
façonnent les destins.
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La mobilité sociale est un mécanisme bien plus subtil
que l'image simple et linéaire de « l'ascenseur social ». Comme nous l'avons
vu, bouger n'est pas toujours monter, une société plus mobile n'est pas
forcément plus juste, et notre héritage va bien au-delà de notre compte en
banque. En utilisant ces outils d'analyse, nous obtenons une vision plus juste
et plus précise des dynamiques qui structurent notre société. Maintenant que
nous voyons mieux les rouages de la machine sociale, la question demeure :
comment pouvons-nous agir pour construire une société non seulement plus
mobile, mais surtout plus fluide et plus juste ?
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