Translate

mardi 6 janvier 2026

Sciences Economiques et Sociales (SES) / Sociologie et science politique -L'ascenseur social en panne ? 5 concepts de sociologie pour comprendre votre trajectoire

Sciences Economiques et Sociales (SES) / Sociologie et science politique -L'ascenseur social en panne ? 5 concepts de sociologie pour comprendre votre trajectoire

 

* Cours de sciences économiques et sociales by Super Professeur (BAC 2021,SES, BTS, BUT tertiaire, Licence de gestion, Ecoles supérieures de Commerce et de Management, Master, chef d’Entreprise, Entrepreneur, gestion des administrations, gestion des associations, économie sociale et solidaire,...) avec Super Professeur, www.SuperProfesseur.com/ www.SuperProfesseur.fr © Editions Ronald Tintin, Ronning Against Cancer

 

 

Nous avons tous entendu parler de « l’ascenseur social » ou de la méritocratie, cette idée rassurante selon laquelle le travail et le talent suffisent pour gravir les échelons de la société. Mais la réalité est-elle si simple ? Et si cet ascenseur était non seulement en panne pour certains, mais qu'il n'avait jamais été conçu pour transporter tout le monde de la même manière ? Les analyses des sociologues révèlent un paysage bien plus complexe, où nos trajectoires sont façonnées par des forces souvent invisibles. Pour déconstruire ce mythe et vous donner les clés de lecture, voici cinq concepts fondamentaux qui fonctionnent comme des outils pour analyser la machine sociale.

 

1. Bouger ne signifie pas toujours monter : La différence cruciale entre les types de mobilité.

 

En sociologie, le mot « mobilité » est un terme général qui doit être précisé. Il est essentiel de distinguer plusieurs formes de mouvement qui n'ont pas la même signification. La mobilité sociale intergénérationnelle, qui est au cœur du débat sur l'ascenseur social, désigne le fait d'occuper une position sociale différente de celle de ses parents. C'est elle qui nous dit si les enfants vivent mieux, moins bien ou différemment de la génération précédente.

Il ne faut pas la confondre avec la mobilité géographique, qui est un simple changement de lieu de résidence, ni avec la mobilité professionnelle, qui décrit un changement de poste ou de catégorie socioprofessionnelle au cours de sa propre carrière.

Cette distinction est fondamentale. Elle permet d'éviter une confusion courante : un déménagement pour trouver un emploi ou un changement de poste n'implique pas automatiquement une progression dans la hiérarchie sociale. Comprendre ces différences est le premier pas pour analyser objectivement la dynamique sociale, au-delà des parcours individuels.

 

2. Plus de mouvement ne veut pas dire plus d'égalité : Le piège de la "mobilité structurelle".

 

Les sociologues mesurent la mobilité observée, c'est-à-dire le nombre total de personnes qui ont changé de catégorie sociale par rapport à leurs parents. Mais ce chiffre brut cache une distinction capitale : celle entre la mobilité structurelle et la fluidité sociale.

La mobilité structurelle désigne les changements de position qui sont rendus mécaniquement nécessaires par les transformations de l'économie. L'exemple classique en France est celui des "Trente Glorieuses" : la chute drastique du nombre d'agriculteurs et l'essor des postes d'ouvriers, d'employés et de cadres ont mathématiquement "forcé" de nombreux enfants d'agriculteurs à occuper d'autres positions, souvent plus élevées. Ce mouvement était inévitable, dicté par la structure de l'emploi.

À l'inverse, la fluidité sociale mesure la véritable égalité des chances. Dans une société parfaitement fluide, votre origine sociale n'aurait aucune influence sur votre position future. C'est l'indicateur réel de la justice sociale.

L'idée la plus contre-intuitive et la plus importante à retenir est donc la suivante :

une société plus mobile n’est pas nécessairement une société plus fluide.

Une forte mobilité peut simplement refléter des changements économiques majeurs, comme ceux que nous venons de décrire, sans pour autant signifier que les barrières entre les classes sociales se sont affaiblies. Ces grandes transformations peuvent aussi générer de nouvelles angoisses, notamment la peur de tomber.

 

3. Tomber de l'échelle : Le "déclassement" n'est pas ce que vous croyez.

 

Le terme « déclassement » est omniprésent dans le débat public, souvent chargé d'angoisse. Cependant, la sociologie nous invite à la précision en lui donnant au moins trois significations distinctes, qui ne recouvrent pas les mêmes réalités :

• Le déclassement intragénérationnel : Il s'agit d'une carrière descendante. Par exemple, un cadre qui perd son emploi et finit agent de sécurité.

• Le déclassement intergénérationnel : C'est le fait d'occuper une position sociale inférieure à celle de ses parents. Par exemple, un enfant d'enseignant qui devient ouvrier.

• Le déclassement scolaire : Il décrit la situation où une personne occupe un emploi pour lequel elle est surdiplômée. Par exemple, un titulaire d'un master en histoire qui travaille comme vendeur.

Distinguer ces trois formes est crucial pour comprendre les anxiétés contemporaines. La peur de ne pas « faire aussi bien » que ses parents, la crainte d'une carrière qui régresse et le sentiment que ses diplômes ne sont pas reconnus à leur juste valeur sont des réalités différentes qui appellent des analyses spécifiques.

 

4. Deux questions pour une même réalité : Le "destin" des uns et le "recrutement" des autres.

 

Pour mesurer objectivement ces phénomènes, les sociologues utilisent des outils statistiques appelés les tables de mobilité. Imaginez un grand tableau qui croise la position sociale des individus avec celle de leurs parents. Selon la manière dont vous le lisez, il ne raconte pas la même histoire.

Il existe deux manières principales de lire ces tables :

• La table de destinée part d'un groupe d'origine (par exemple, les enfants d'ouvriers) et regarde vers quelles positions ils se sont dirigés. Elle vous renseigne sur la question : « Que deviennent les fils (ou filles) de... ? ». Elle montre les probabilités de s'élever, de stagner ou de descendre.

• La table de recrutement fait l'inverse : elle prend un groupe d'arrivée (par exemple, les cadres) et regarde de quelles origines sociales ses membres proviennent. Elle répond à la question : « D’où viennent les fils (ou filles) de... ? ». Elle révèle le degré d'ouverture ou de fermeture d'un groupe social.

Ces deux perspectives sont complémentaires. La première vous informe sur les chances de mobilité pour ceux qui partent d'une certaine position. La seconde vous révèle à quel point l'élite se renouvelle en intégrant des personnes d'origines diverses.

 

5. Le véritable héritage : Il n'y a pas que l'argent et l'école qui comptent.

 

Si le niveau de formation est un facteur clé, il est loin d'expliquer à lui seul la mobilité sociale. La sociologie montre que les ressources familiales et les configurations familiales jouent un rôle tout aussi déterminant.

Les ressources familiales ne se limitent pas à l'aspect économique (revenus, patrimoine). Elles englobent des "capitaux" invisibles transmis au sein de la famille :

• Le capital social : Il ne s'agit pas seulement de "connaître du monde", mais d'avoir accès à des réseaux de relations utiles qui peuvent fournir des informations, des recommandations ou des opportunités inaccessibles aux autres.

• Le capital culturel : C'est un ensemble de connaissances, de manières de parler et de se comporter ("savoir-être") qui sont socialement valorisées. Cette familiarité avec les codes de la culture dominante procure une aisance dans les situations clés (entretiens, réunions) et est souvent confondue, à tort, avec le mérite ou l'intelligence pure.

Au-delà de ce que la famille possède, il y a aussi ce qu'elle est. Les configurations familiales désignent la structure même de la famille (la place des parents, la présence et le rang des frères et sœurs, etc.). Grandir en tant qu'enfant unique avec des parents très impliqués n'offre pas le même environnement qu'être l'aîné d'une famille nombreuse. Ces caractéristiques structurelles influencent elles aussi les trajectoires.

L'héritage familial est donc bien plus qu'une question d'argent ; c'est un ensemble de ressources matérielles et immatérielles qui façonnent les destins.

--------------------------------------------------------------------------------

La mobilité sociale est un mécanisme bien plus subtil que l'image simple et linéaire de « l'ascenseur social ». Comme nous l'avons vu, bouger n'est pas toujours monter, une société plus mobile n'est pas forcément plus juste, et notre héritage va bien au-delà de notre compte en banque. En utilisant ces outils d'analyse, nous obtenons une vision plus juste et plus précise des dynamiques qui structurent notre société. Maintenant que nous voyons mieux les rouages de la machine sociale, la question demeure : comment pouvons-nous agir pour construire une société non seulement plus mobile, mais surtout plus fluide et plus juste ?


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Libellés